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Blog de la Mission Sismaoré

Journal de bord - Jour 9 (Premier draguage)

La Flotte Océanographique

31/12/20 – Aujourd’hui, le premier des 4 dragages de la campagne a été lancé à 4h du matin heure de la Réunion, soit 3h à Mayotte et 1h en France métropolitaine. Vous pouvez retrouver l’article qui en fait le résumé sur cette page.
Il a eu lieu au large de Zélée, une plate forme carbonatée située au Nord Est de Mayotte par 2000m de profondeur.

Cependant, comme souvent, les choses ne se sont pas tout à fait passées comme prévu. En effet, puisque nous ne pouvons pas voir ce qu’il se passe au fond de l’océan, nous ne pouvons pas empêcher la drague de se coincer parfois. Généralement, le navire peut, en naviguant un peu, se dégager. Sauf que cette fois, vers 7h15, la drague était bloquée et le navire n’a pas réussi à la ressortir immédiatement.
Prenez un élastique et étirez le. Plus vous tirez de chaque côté, plus il est tendu. Au début vous pourrez toujours le faire bouger un peu en le tapotant mais à un moment donné il sera tellement tendu que vous ne pourrez quasiment plus le faire bouger. Cette capacité à se tendre de l’élastique est une donnée que l’on peut mesurer et qui se nomme la tension. Toute structure possède une certaine force de tension au delà de laquelle elle casse.
Dans le cas du Pourquoi Pas ?, la force de tension que peut supporter la structure de dragage est de 15 tonnes. Ce qui est largement suffisant car la drague pèse à vide environ 900kg et peut ramener en moyenne entre 200 et 500kg de roches. Mais, dans le cas où elle se coince, c’est le même principe que pour l’élastique, l’avancée du navire va étirer le câble qui le relie à la drague et augmenter la force de tension.
Ce matin donc, la drague est restée bloquée et impossible pour le navire de la ressortir. La force de tension augmentait progressivement atteignant les 5, 10 puis 13t et augmentant d’autant le stress du personnel à bord qui ne voulait pas casser le câble et laisser le filet avec les échantillons au fond de l’eau.

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Afin d’éviter tout risque à bord, une sécurité est présente sur le câble qui, au delà d’une valeur critique, casse pour n’abandonner que le filet mais permettre de remonter les appareils de mesures.
15,6 tonnes, c’est la valeur maximale de tension qui a été atteinte pendant une demi seconde environ. Mais la chance était finalement avec nous et rien n’a cédé.
Puis, au fur et à mesure que le navire se déplaçait autour de l’endroit où se trouvait la drague, la tension diminuait et augmentait approchant régulièrement les 15t.
Enfin, après une heure de bataille acharnée, la drague a finalement pu être décrochée et c’est environ 200kg de roches et de sédiments qui ont pu être remontés et triés. Ce fut un immense soulagement pour toute l’équipe. En effet, la mission ne possédait d’autorisation que pour un seul et unique dragage à cet endroit, et toute casse aurait entraînée la perte des données.

J’ai également pu profiter de cette journée pour approfondir les connaissances sur le système mécanique de la sismique rapide et un autre article vous sera très bientôt présenté sur ce blog pour vous expliquer de A à Z tout ce qu’il y a à savoir sur cette mesure. Vous pouvez cependant déjà retrouver la fiche métier très intéressante des mécaniciens de cet appareil en suivant ce lien.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter au nom de l’ensemble de l’équipage du Pourquoi Pas ? un très bon réveillon du nouvel an !
Et évidemment je vous dis à l’année prochaine !

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Auteur : Jocelyn Jacquot
publié le jeudi 31 décembre 2020